terça-feira, 7 de novembro de 2017

MES FRONTIÈRES

http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1064251/licia-soares-de-souza-liste-preliminaire-prix-de-poesie-2017POÉSIE RADIO-cANADA


Premier Acte
Territoires































Mes frontières

Je suis maintenant de celles
qui portent plusieurs villes natales
dans leur cœur.
Je ne veux plus devenir
quelque chose qui ne rayonne pas,
une brique ferme dans sa composition.

J’ai du sable dans moi,
ramassé au bord des plages de l’Atlantique.
Je me touche ma tête,
les grains  quartz  granites
            sautent
et me dessinent horizons d’été d’enfants.

Je suis maintenant celle
qui voit un paysage  d’une première capitale
commencement de l’Amérique portugaise,
                 ville de Bahia.
Je ne suis pas déboussolée,
je suis profondément chez moi,
mes mots sentent l’air marin,
                  mes voyelles
s’ouvrent avec les couleurs de l’huile de palme rouge
                   les consonnes
jouent le rythme du berimbau.

Confortable
rester là me laisse calme,
repose mes turbulences.
Un testament rangé à sept clefs
affirme que j’hérite les tambours,
les dieux, les croyances d’esclaves.
J’illustre leur histoire par la pensée de mes récits,
mon territoire intérieur magique
entouré de mon cortège d’images,
une archéologie de savoirs ancestraux
            l’Afrique désintégrée
     réinventée dans les Amériques.

Je porte ses douleurs sur mon dos
encastrées dans ma tête.
Comme a dit le poète,
ce sont les Noirs qui ont vu la cruauté
                       devant eux.
Ils ont produit quand même des miracles de foi
                       dans l’Occident.

J’ai les images d’une autre dans moi.
                    Je vois Toulouse.
Je touche mes bras,
Je navigue dans le Canal du Midi,
premiers survols de ville en avion,
aimer en allemand en terre française.

Je suis maintenant de celles
qui accolent la diversité
qui jouent avec le temps,
en faisant des heures
des minutes de plaisirs
et de gouttes de vie éternelle.

Je ne suis plus une personne
qu’on façonne.
Je ne peux plus devenir quelque chose
               qui ne réagit pas
               qui ne rêve pas
à construire un immense paradis.

Je ne suis plus en attente.
Je ne suis plus en désordre.
J’ai trouvé un autre « chez moi »
             bien accueillant,
je n’ai rien d’autre qu’une grande joie de vivre à
             léguer.

Mais je transfère ces pensées
émiettées en sable blanc et foraines
à mon autre ville, celle de neige.
J’arrive avec ma parole
comme des patins rapides
assez tranchants
pour traverser mes pensées de l’est en ouest.
Les rafales m’apprennent à lire
              le cœur blanc
de la métropole du Québec.
Nous conjuguons les mêmes désirs
             nous unir
             progresser dans l’avenir
             récoltant des rêves
qui ramassent mes minutes dispersées
            en heures bricolées
         d’aspirations    d’amour.

Mais j’ai souvent le projet de m’envoler.
Je suis toujours en orbite
autour du même dessein.
Plusieurs couches de temps
se mêlent, on n’imagine pas
ce que ça produit.

Je me ramasse à Kassel
      aimer en allemand.
Je ne rêve plus, j’expérimente,
faire surface chaque matin
avec le rêve en couleurs et pourtant si réel.

J’ai quatre frontières maintenant
et je vénère Hercule
imposant sur sa montagne,
Willhemshöe.

La joie de ne pas souffrir,
            de ne pas refuser.
La joie d’apprendre à rester,
joie d’être deux dans un univers de l’unique,
la joie du possible,
la joie des signifiants,
ceux qui multiplient les sens de nos plaisirs.

Là, où je suis à présent
mes cellules sans murs se promènent.

En ce moment même,
je forme mes pages,
mes grands espaces germinent dans mes pieds.
Je suis un monde aimant,
non un monde uniforme.
Arrachée aux multiples masques,
me voilà devant tous,
comme un revenant de mes quatre frontières,
une esclave luttant contre son Seigneur d’Engin
de canne-à-sucre,
une cocote galante des briques roses,
une danseuse élégante
sur les scènes de glace,
ou simplement une petite paysanne
                  contes des Frères Grimm.

Je suis maintenant de celles
qui écrivent seules
de mer en montagne
d’heures en minutes.
Je suis de ces femmes
          profondément secouées,
les mots émergent,
les paysages tressaillent.

Je suis maintenant de ces personnes
qui brassent mots et paysages
repris par leurs revenants.

Je ne sais plus contempler,
ce qu’il existe en moi
c’est la force irrésistible du mélange.

Et ne me regardez pas comme  ça,
ce n’est pas de ma faute, je le jure.....

( Celui-ci est un des 20 poèmes choisis pour le Prix de Poésie de Radio-Canada 2017.
Voir : http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1066137/liste-preliminaire-prix-poesie-radio-canada-coups-de-coeur-lectrices-lecteurs)


Mon hiver

Comme le dit le poète
la neige neige abondante
souffleuse d'imaginaires
fée d'évasions!

Sont les voyelles plus blanches
qu'hier?
blanc couleur de glace
qui tout dit et remplace
blanc d'embrasures chaudes
écritures de dessins
cristaux d' arbres
qui balancent au bout des branches hautes

Etoiles illuminées à travers les vitres
astres blancs
guides de courses

Au cœur de moi
le vent polaire tournoie
la promesse de flammes longues
et intérieures frissonne

Mon hiver ma blancheur
à nouveau ils m'invitent
à m’envoler en tourbillons....





































Suis-je montréalaise ?


Elle est ici
devant moi
ma ville d’hiver
ma ville d’infinis
me glissant dans le Parc Lafontaine
à respirer la blancheur
et l’odeur du froid
qui ondule et m'embrasse


Je ne suis pas montréalaise déclarée
lors de mon arrivée au monde


Je reviens de voyages
mais tout de même
des ressacs de pensée
clouent tête et cœur
dans cette contrée

Je suis née dans un flocon de neige
quand une rafale
a projeté mon âme
dans une toile de branches givrées
me glissant dans la rue Saint Laurent
qui sépare et unit
les gens du monde entier.

Mais qui a dit que
je ne suis pas montréalaise?

J’habite rue Saint-Hubert
ma danse acrobatique hivernale
je suis tombée accroupie 
à quatre pattes jambes en l’air
fesses par terre…

j’ai glissé sur la glace
sac déchiré
livres aux quatre vents
et me suis relevée en chantant.


Je suis montréalaise 
on ne peut pas être citoyenne
d’une ville de paix
où tout le monde est bon
et ne fait jamais la gueule

Faut au moins une petite
désaffection pour chambarder
les sourires toujours pareils
de visiteurs sans ancrage
qui ne voient pas le coeur de la terre

Je suis née dans un flocon de neige
Il m’a reflété les cristaux
d’une terre riche de surprises
glisser flotter sentir les odeurs
de la blancheur froide de rues et parcs
mon album de photos
mes plaisirs de découvrir un espace
qui domine le cœur d’un quartier latin
de plus en plus oriental

À travers ce miroir oriental
je vois mes flocons de neige
perdre leur accent français 
Oui je suis montréalaise
Ma tête est un album de photos
de vécus intense
mon cœur chante et désenchante
apprend à m’enraciner...
Quand il faut aimer
et à perdre mes couleurs
pour donner à voir
toutes mes métamorphoses.









Temps d’érable
J’ai sauté des flocons de neige
aux feuilles d’érable.
La sève monte !
Je me réveille
avec des rayons de soleil
qui viennent m’accoler au lit.
Chaleur….
Ma ville change
je vois sur-le-champ
morceaux de bois
Sainte-Catherine
miroir de la drave dans la rue
hardis canotiers, surpris passeurs
« Et pique et pique et gaffe et gaffe encore! ».
Elle est là, la race qui ne sait pas mourir.

Toujours est-il
que je monte et descends
rue Saint-Denis
apprécier les terrasses variées
bises
rires
cris de joies
rayons de soleil
traversant les bocks de bière
et les poutines lustrées
Combien de flâneurs près de nous y sont passés
débattant sur la vie, politique, amours…
Combien de têtes près de nous y sont restées
riant simplement
dans les décors des amitiés
prêts à livrer les pensées de leur temps…
Les mots
comme ressorts dans nos gorges
crient
dansent
s’inventent
des balades tendres
montrer la traversée de l’histoire
Quelle est la prochaine conjonction de mes regards?
ce sont plusieurs maisons
pierre grise, pierre rose
toits dessinés
fenêtres en triangle.
C’est ainsi que mes imaginations renferment tant
de désirs féeriques
C’est ainsi que les yeux battant les cils
cherchent à tisser les fils d’une mémoire.
Une mémoire
contenant mille avenues fleuries
millions de mirages
glissant rue Saint-Laurent
bruitage de corps et d’âmes,
en quête
de constellations d’espoirs
la diversité de Ville-Marie.
Je monte dans mon Cygne,
je le vois toujours de loin
quand j’approche la ville
arrivant par autobus
cygne-signe de Montréal
capable de nous donner
un rêve heureux de ville.

Mes désirs lançant du haut
un cri pour les arbres-veines de son cœur
cœur de mémoire, cœur cosmogonique
giclant son sang dans ma hantise d’amour….

Je cueille dans cette ville un visage
de sources cachées
mes murmures de jours
amour perdu
mais je roule tellement sur les talus d’éboulis
du Mont Royal
et le monde entier change en moi.






Au Parc du Portugal

Lieu de création
sentiments s’envolant,
larmes et chansons
roulant
sceaux des magies d’une ville

Je suis montréalaise,
j’arrive.
Je suis moitié portugaise,
je viens.
Je suis une sensible,
je m’assois.

Une petite place,
une modeste maison.
Bougies, fleurs, croix,
marches, tours, chansons.

Que le poète est une fleur,
je n’en doute pas,
que la fleur parfume mes
expressions,
j’en suis persuadée,
que je plonge
dans un tableau d’impressions,
vives et imprévues,
c’est déjà fait.

Parc du Portugal,
un miroir de ma ville québécoise,
métisse et créatrice,
profondément inventive
de formes nouvelles de briser la vie,
la même,
 pleine d’étoiles usées,
celle qui n’enchante plus
les cœurs volants
avides d’amour vibrants.

Le Parc du Portugal
c’est l’art qui bouge et danse,
me replace dans le cercle
de désirs de grandes respirations.

On danse, on chante,
on circule.
Je photographie les écureuils.
Ils courent parmi les feuilles,
décorant la scène,
constellations de murmures
et chuchotements,
hommages au saut cosmique du poète.

Je quitte le Parc du Portugal,
je n’ai plus aucun signe,
rien ne peut m’identifier,
je suis une femme vide,
il faut me réinventer.

Courir après cette identité,
un quasi-fantôme,
chercher mon nom,
mes appartenances,
trouver mes numéros,
mes assurances,
ma mémoire.
Toute la proximité
qu’il faut reconstruire,
pour me rejoindre,
est longue.
Faudra-t-il des tours dans la ville
pour retrouver les fils d’identité,
pour me retrouver au cœur de mes
mondes

Au Parc du Portugal,
mes mots et images essaimés,
mes cartes disparues.
à ne savoir qu’en faire
aux limites de mes pensées
perdues
paniquées
défaites,
mais pleines de puissance de changer.

Au Parc du Portugal,
l’incompréhensible.
J’y découvre sentiers et fugues,
refuges à tout prendre.














Notre-Dame

C’est en écoutant Plamondon
que j’ai voulu lui demander de me
laisser caresser une certaine peau 
 encore une fois.

Elle m’a toujours fascinée.
Elle a atteint mon âme d’adolescente
déconcertée devant une cohue de rêves
à agencer.
On l’a nommé puissante
et elle porte le secret des forces féminines,
la  créature la plus parfaite de l’univers
qui a déjoué les mauvais sorts des femmes
depuis le temps d’Ève.
Combien d’heures se sont écoulées dans ma vie,
à l’admirer,
à lui confier mon âme
mon désir de miracle
comme si elle était ma complice.
La mélodie de Schubert m’a envahie....!

Ma première grosse peine,
je lui ai racontée,
ma tête penchée sur ses épaules,
comme si elle était la grande mère
prête à bouleverser le monde
pour me rendre ma joie perdue.

Il n’aurait pas pu
se passer autre chose
que ces sanglots itératifs
suppliant
un regard d’espérance.

Mais je l’ai abandonnée,
j’ai oublié qu’un jour
je lui ai parlé,
trébuchant  sur les bougies et
chapelets perdus,
et sur les marches des cathédrales.

Notre-Dame de Montréal,
une autre Vierge pour Ville-Marie?
une reine dans ma ville de neige,
une force de splendeur
me faisant redécouvrir
la foi.

Est-ce une foi pour déplacer les montagnes?
Non, une foi de blotissement,
celle qui me dit
que le sens du miracle maintenant
s’attache aux formes
de ma perception d’un ensemble
esthétique
jaillissant d’une communauté en prière,
orgue, chorale, mots d’espoir,
paroles de paix,
qui ne s’opposent plus aux pêchés
de la vie.

Oh, Notre-Dame,
combien il est heureux de vous voir
à côté des mortels
ceux et celles qui ont un corps,
vase de sensations,
lié aux sentiments de son esprit
de vie.

Mais combien il est malheureux
de savoir que ma foi s’est étiolée
dans la marée des amertumes du monde
sans ma couronne d’étoiles.

Combien il est triste de voir
que mon esprit vous rejoint,
en vous demandant asile
dans votre communauté de femmes
bien placées dans le jardin béni,
préparé pour elles.

J’en suis exclue.

Mais je ne vous quitte plus.
À Notre-Dame de Montréal,
le sens de l’esthétique
séduit mon âme,
m’attache à nouveau
à cette expérience cosmique
de conjonction
de délivrance
de communion
avec cet au-delà dont nous avons besoin
pour rétablir l’écologie intérieure
d’un esprit désaxé.

Je lègue mon audace
aux compagnons à dérive,
poursuivre mon expérience
en marchant sur mes traces.

Le doute est à naître.
Aimer et croire
ne signifient pas se livrer à une  entité
sans sentir l’émotion
que le corps nous donne.
Se courber lâchement au pied d’un autel
quelconque,
conduira sûrement à un ciel vide,
où les songes arriveront déjà évanouis.

Mon legs,
harmoniser art et foi,
corps et esprit,
rituel, amour, envie,
volonté de plonger
dans les méandres
d’une divinité élue
par ses forces d’interactions
de correspondances sensibles.



Intermezzo

Il n’y a rien de plus bruyant
que le silence
du sommeil de mes quatre coins.

Valises continuellement prêtes
pour débarquer
dans la prochaine frontière.

Il y a la frontière de relations,
et la frontière de passages.

De relations : la nature s’inter-échangeant
                       déclarée énergique
                        prompte à aimer
                         ce qui n’est pas,
                         apte à unir ce que
                         la logique veut briser,
                         le sable et la neige
                          la vie sécrète des mystères,
                          suavité et fraîcheur,
                          réussite fugace
de nos correspondances...!!!

De passages : routes, courses, mouvements,
                         le travail du dessus, du dessous,
                                      impulsif, accaparant, séducteur et
                                        fascinant.


La Baie de Tous -les -Saints, secrets….

Cette baie est un décor:
un grand miroir rond
reflète des beautés,
splendeurs  des eaux
illustrant  l'esthétique des passages...

Kyrimurê Paraguaçu,
miroir  d'une belle Indienne,
une danse gracieuse,
scintillant  cinquante îles
et cinquante étoiles de la Croix du Sud...

Un jour elle perd la coquetterie féminine,
va cacher les trésors des navigants,
route des commerçants,
terre d'Américo,
et est donnée à Tous -les -Saints...

Ne pas se déféminiser,
rester miroir,
les Africains amènent Iemanjá,
s'appropriant les fleurs et les parfums
des pécheurs du royaume enchanté....

Tierces cultures,
 étoiles dansent dans l'eau,
les nuits se déplient,
bercées par le bruit des vagues,
le mouvement du vent
dans les bouquets
des palmiers et cocotiers....

La pleine lune monte dans le ciel,
les tambours résonnent,
voix lancinantes de la mer
embrassent les secrets
des femmes de la ville.
Les images de cette ville plongent
dans les mystères de l'eau,
savoirs entrecroisés,
dans le satin blanc de la lune,
lice de création aux chants
des nouvelles forces de la nature tropicale.

Sirènes

Des milliers d’années
elles soufflent
le chant envahit la nature
le cœur des hommes s’effritent
s’envolent en éclats.

Millénaires millénaires millénaires,
les hameçons sonores
dans les traversées des mondes
Chuáchuáchuá
tourbillonnent
captivent âmes libres et nues
quoi quoi qui
lui elles nous
qui 
un tissage d’identités
à flotter.

 Force et pouvoir
sons entre les bribes de nature
fibres de voix
corps  fêtes   veines
la crise étourdie
nos coeurs 
nos paysages de vents lyriques musicaux. 

Une s’appelle Loreley
cherche son Ebehard
en appelant tous les voyageurs qui passent.
Lyres résonnent dans leurs os
morsure amorcée 
déployer 
la mélodie

la mélodie le cri quoi qui
l’envoûtement.

Loreley une histoire littéraire 
corps de lettres ABC-Z
sentiments arrachés là
où les lettres s’entourent
se donnent des accolades
mourir à sentir
périr braqué sur la mélodie
la lyre
élastique de la longueur des mots 
                   chantés
                                fortes vibrations

L’autre est Iemanjá
miroir de l’Afrique
Tibum bum           bum bum bum
La nature exige tambours.
Culture esclave 
mariée avec traditions indiennes
la nature danse
vent    mer    sables
Quoi
l’hameçon des appels
la rotation des désirs
Qui
femmes 
dans une course étoilée
      forces vives 
           rayonnement intérieur
                   en espaces du possible
  
Vie   chants     rythmes
compositions
à enseigner le monde 
nouvelles histoires 
tissages de voix.

Iemanjá s’incorpore
dans les jeunes femmes
        parle avec elles
        rêve avec elles
se lancent ensemble dans un chemin de séduction

 Mortelle et immortelle
morceau de chair
en jeu de sonorités
lettres et mots
entrant dans un corps.

Une femme avec Iemanjá
embrasse un homme
sent les odeurs de son corps
les mouvements de sa langue
sa fortune d’amour.

 Une femme avec Iemanjá
crie contre la solitude du monde 
inverse le royaume enchanté des eaux
venant sur terre 
recevoir ses fleurs.
  
Quelle place a plus de force?

Un rocher pour envoûter les passants?

Le sable pour tourbillonner
les morceaux humides
des corps chauds
cherchant 
les clefs des mondes?

Vie  nature  chants
frapper les mots
sur des peaux perdues,
les conduire  à un royaume magique
d’échos
              rayonnement de nouvelles
                               perceptions de force.


 Chants des métamorphoses 
de leurs êtres
mélange de passion et d’espoir
sur un satin blanc
lieu de création 
de nouvelles histoires...


Un royaume fabuleux des eaux
consent
 des expériences de vie
plongées dans un univers enchanté,
mais imprégné des traversées 
          des vivants en lutte 
                     et en quête de leur morceau de terre parfumée.









Histoire d’ancêtres

 Epahé Ohá !!!
Le cri des tonnerres
embraser l'amour
Eros migrant
Epa Lo Kayá !!!!
Cris dansants Iansã
l'hallucination  mouvante
de la passion déchainée.

Ero Kum !!!
Arrive Oxossi
les bois s'agitent
arbres, nattes de verdure
la terre lentement sautille,
la terre, ses tendresses
les mouvements transfigurant l'instant
qu'ils inspirent
qu'ils aspergent d'une sève auréolée

Quelle dynamique
Iansã Oxossi
tonnerres éclairs
fécondant la forêt
quelle relation
Oxossi Ogoun
la forêt se tonifiant
verts et bleus commandements

On prend les énergies
au moindre souffle
chants  mythiques
de la Croix du Sud.
Ici, ils sont venus de loin
s’entrecroiser.

Histoires de grands exploits
que tout le peuple raconte
brillant comme le soleil au milieu de la pluie.....

Oqué arô !!!
L'incomparable  chasseur de l'aube,
imbattable à l'arc,
défie les vieux hommes blancs
habitués  à écraser une nation
avec  les armes  des grands mensonges.....


Aucune garantie de victoire,
mais la caresse triomphante 
des esprits  courageux
effrayant chaque jour
les visages méchants
menteurs    timorés 
qui sèment  l’oppression 
au cœur de notre terre….


Note : Dans la mythologie afro-brésilienne, Iansã est la reine des tonnerres, Oxossi, le dieux de la forêt et Ogoun est le roi de la guerre.


















Deuxième Acte
Oppressions





 



Faux espoirs
   Le 9 mai le président par intérim de la chambre des députés a annulé le vote  de la destitution de la présidente élue du Brésil ( 54.000.000 de votes)

Nous avons sauté
crié
chanté
Nous étions
dans un colloque
à l'Université du Québec
soulagement
recherches sauvées
créations assurées

Le Brésil, géant des Amériques
ne tomberait plus
entre les mains
de bandits prédateurs
Não vai ter golpe- Non au coup d'état

Tant de personnes
dans les rues
à supplier la survie
d'un peu de droits
droit de manger
de penser
de rêver
droit de vociférer
droit de profiter en paix
et avec joie
de leur nature tropicale
J'ai parcouru de longues avenues en chantant
J''ai brandi des drapeaux
tenu des pancartes
publié des photos
J'ai formaté un pays
d'images et de paroles
qui créait son avenir
Nous marchions
les mains dans les mains
en franchissant nos frontières de vie
Nous regardions
dans notre intérieur
avec des yeux tournés
vers notre intimité
qui s'engage à lier
faiblesses et esthétiques
pour inventer un souffle d'espoir
Nous avons dansé
dans les rues
avec des balounes rouges
dessinées en cœur
Nos bribes de sentiments
mes fragments de joie
inventer des vies
résistance
combat
révolte
taire voix d'horreurs
marcher sur les serpents
de l'oppression
cracher.....
Nous sommes debout
maintenant
colloque Université du Québec
présentations
recherches
Amérindiens, métissages, femmes,
luttes
Roussefs
matriochkas
cri dans le cri du cri
figures massacrées
violées
anéanties
Nos cris voyagent
Université du Québec
enthousiasme
joie
recherches assurées
guerre
halte au monopole patriarcal
renouveau de l'Amérique Latine
rythme animé
jeux d'espaces utopies rayonnantes
Que peut faire ce groupe de prédateurs
pour étouffer dans le sein des combattants le cri de la douleur?
Université du Québec réflexions
Devons-nous nous envoler
pour retrouver une terre brûlée?
coup d'état pratiqué dans nos dos?
érigé dans mon cauchemar?
Dit le poète
que le vol ne vient pas de l'aile
la tempête ne vient pas du nuage
la force s'émousse
dans le camps des pouvoirs
le vol qui démarre de mes entrailles
s'accélère dans le ciel ouvert et clair
des batailles de ma nation
Não vai ter golpe- Vai ter LUTA!!!!!
Montréal, le 10 mai 2016.

UQAM- Congrès de l'ACFAS



Centre de la révolte

Étonnement, désarroi,
                  rébellion....!
On t’accuse,
     des orages détruisent
les meilleurs jours d’un peuple
     voulant naître.
Emmène-moi au centre de la révolte,
emmène-moi jusqu’à ta voix,
apporte-moi la sève de ta résistance,
je suis d’un monde qui ne sait pas mourir....

Savais-tu qu’on t’anéantit
pour un crime que tu n’as pas commis?
Entendais-tu les cris hallucinés d’une foule
qu’ils ont façonné avec des mots de mensonge?
Tu devrais le savoir : communiste, assassine,
braqueuse, voleuse.....!!!!
Mots servant à te jeter
dans une fosse de lions,
une tombe de rêves
enterrés,
avortés....!

Ils ont toujours eu armes
et mots meurtriers.
Emmène-moi au centre de ta pensée.
L’histoire t’a donné le choix
                                de la lutte
                                avec mots
                                réflexions
                                 positions
                            tisser des trames
               que le temps superpose au silence

Emmène-moi au centre de ton essence
                          Femme
Serait-il possible de penser à un commandement féminin?
                      
Je suis enfant,
                            gamine à courir,
                rouler dans la boue des bidonvilles,
            jeux avec des fillettes noires
              disparaissant le lendemain
              comme esclaves
            dans les maisons bourgeoises,
            patrons violeurs,
              modèle colonial,
                           Perversion!

Emmène-moi là où ton histoire change ces erreurs.
Tu as libéré les esclaves,
tu as construit une terre
pour femmes, noirs et pauvres.
Tu as bâti une passerelle de justice
contre l’écrasement d’enfants abandonnés.
Tu habites mes veines,
et impulses mes sentiments.

Savais-tu ce que c’est une robe de gamine
pleine de boue,
argile mélangée à la pluie
venant visiter à travers les trous des toiles,
brassée dans les tuyaux qui
courent dans les pentes
arrachant de tous les cœurs
espoirs et joies?

Oui, tu le sais,
tu as toujours dit qu’il fallait
commencer ce combat contre la violence
et la fatigue.

Du café,
Du pain,
Du lait,
un sourire de vie,
affronter la famine.

Pouvons-nous commencer à changer le destin?
Pouvons-nous entamer l’échafaudage d’une
terre de courage,
couleur de tous?

Tu as du front,
ton courage, un cheminement.
Présidente!
Femme!
Voix des opprimés!
Et on t’accuse de crimes.
On soulève la voix de masses désemparées
pour démolir la première commandante femelle,
idole d’une histoire anti-machiste.

Être mâle est une force,
mais machiste déconcerté,
la déchirure d’une raison,
destruction de toute pensée.

Emmène-moi dans le pays
des enfants récupérés
par un bras fort,
un cri de dame.

Peux-tu échapper de ton crime?
Ils t’enlèvent ta présidence,
Ils laissent des gens sans un gouvernail,
Ils suffoquent les gémissements hardis des jeunes
       boue  argile   pluie
        larmes rouges
tout d’une histoire de patrons
       rancis

Emmène-moi dans ton essence
là où la force d’une femme
peut vaincre la peur
de grandir malade
en terre d’exclusions.

Et tous ces tristes souvenirs,
quand on les reverra demain,
d’autres idées vont gicler  à grandes essaims.
On pourra alors imaginer
ces formes de vie
 rêvées
venant réssurgir dans nos meilleurs desseins.


Enfants de la plage

Ils marchent la journée longue
sable brûlant
sacs sur la tête
dans les bras minces
cacahuètes, galettes, beignets,
       crevettes…

Êtres petits
où sont les jouets?
où est l’école?
où sont les rêves
bouleversant têtes enfantines
qui enchantent le monde?

Ballons, marolles, poupée
          Rondes
« Qui a pris mes coquillages? »
«  Le crabe crache les morceaux de crapauds…
Un, deux, trois, une toupie,
roule, tourne, boucle…. »
Vie cachée

Vous marchez vous marchez vous marchez
chercher argent
parmi les promeneurs
allongés sous le soleil

Vous marchez encore
devant le bleu d’un océan complice
dans la brise coquine des cocotiers
tout ce poids sur la tête
creuse et écrase
    les débuts de vos fêtes.

    Où sont les jouets?

J’aimerais marcher avec vous
Offrir les mots
        qui y ont été soustraits…
donner envie de casser
tout discours
qui condamne les innocents

             à s’éparpiller.